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Léandre en symbiose avec son oeuvre, est un artiste de tout son être, c’est flagrant. Diplômé de l'Ecole des arts de La Sorbonne, après avoir été reçu sur dossier car il était hors académie, il est aujourd'hui présent dans des collections privées à travers le monde : Etats-Unis, Canada, Suisse, Italie, France, Nouvelle-Zélande,Belgique, Brésil.

Au long de mes multiples entretiens avec Léandre ; ce qui m’a le plus saisi c’est son aura, il s'en dégage quelque chose d’impalpable et de profondément touchant. Son image bien qu’admirablement maitrisée ne le définit qu'en partie. Il aime jouer avec cela, car il a un grand besoin de garder des facettes de lui secrètes. 

Multiple et insaisissable, il donne pourtant tout dans la pratique de son art qui a su le maintenir vivant. L'art est pour lui essentiel.

Il s’interroge sur le monde dans lequel nous vivons, sur l’impact de l’être humain dans la destruction de la planète quand l'individu, aveuglé par le fétichisme des objets dans une société qu'éblouie la consommation, perd  par effet pervers son individualité.

C’est ainsi que Léandre nous interpelle avec sont art ; quand on se trouve devant sa série « pureté », un tableau pur —un monochrome souvent blanc ou doré— il nous invite d’abord à nous évader de ce monde. Ou si l’on préfère la métaphore de l’artiste, contempler sa peinture c’est lever la tête vers le ciel, en oubliant ce qui nous afflige au quotidien. Cet acte d’élévation devient alors un instant d’oubli et d’osmose avec soi-même. Les bruits de la ville et plus précisément, sa ville Paris, disparaissent et on se retrouve dans les nuages. D’après Léandre son œuvre représenterait ce moment si profond au cours duquel on s'abstrait du monde. Il permet d'oublier les problèmes qui nous entourent pour préserver nôtre essence, et ainsi oublier les diktats insidieux mais omniprésents de la société.

Nonobstant, cette simple évasion qu'offre l'oeuvre de Léandre ne rend pas justice à la pensée complexe que l’on retrouve dans sa démarche artistique. Sa pratique ouvre, en effet, la porte à l’essor de la réflexion. En ce sens, il ne s’agit plus de la critique, mais alors de la possibilité de reconstruire le monde. Que faisons-nous maintenant pour améliorer notre société? Encore une fois il aurait été facile de copier l’utopie moderniste et faire une tabula rasa, construire un monde holistique parfait, la ville organique, tout en oubliant les marques du passé. 

Léandre ne s’arrête pas là car il nous montre que l'on ne peut pas effacer ses traces, ni tout supprimer, ou tout oublier. C’est à ce moment là, que nous nous laissons emporter par les reliefs, les textures, les imperfections qui émergent à travers sa peinture. Nous ne pouvons pas désapprendre d’où nous venons pour étaler sur le monde une nouvelle manière de vivre. Même le phœnix renaît toujours de ses cendres. C’est pourquoi on doit accepter l’invitation de l’artiste, se laisser guider par sa pureté, pour transformer ce monde, tout en acceptant ses imperfections, les cicatrices du passé que l’on ne peut effacer. C’est peut-être un paradoxe, mais nous devons réapprendre à vivre, tout en acceptant ce que nous sommes. Quand on regarde attentivement un tableau, on s’aperçoit que l’artiste nous indique le chemin : si nous faisons attention aux reliefs, on constate une élévation vers le haut, vers le ciel. Encore une fois, Léandre nous invite à lever les yeux, pour nous évader, dans cette spirale sans fin d’évasion-réflexion. L’intensité de l’oeuvre de Léandre repose sur ce moment d’abstraction du monde. 

Julien Demelenne, doctorant à l'EHESS Paris.